Mis en ligne le Jeudi, 11 novembre 2004

Chalon-sur-Saône

Il y a 86ans

Tous les Chalon nais ne firent pas la tête le 11 novembre 1918

 

256eLa fin d'une guerre, c'est d'abord et avant-tout la fin des combats, non point celle des souffrances. Car l'armistice du 11 novembre 1918 ne consola pas les pleurs de nombre de Chalonnais.

 

 

Comme sans doute une bonne part

de ces éléments du 256e régiment

d'infanterie (unité chalonnaise),

les jeunes de la région furent

très nombreux à mourir au combat

Chalon, ville martyr ? Sans doute pas plus qu'une autre. La Grande Guerre n'y fut pas plus ou moins meurtrière. Elle apporta seulement à Chalon le lot tragique et quotidien des cités françaises, du moindre des villages de France: son cortège de blessés, de morts, de disparus.

Car la Guerre de 1914-1918, ce fut d'abord cela: une hécatombe qui devait faucher une bonne part de la jeunesse du pays. A Chalon, plus d'un millier d'hommes passèrent pendant le conflit de vie à trépas, un certain nombre tombant dans les rangs du 56e régiment d'infanterie, stationné dans la ville, ou dans ceux du 256e régiment, réserve du premier. Plus de 1000 tués, c'est environ 3,2% de la population totale de Chalon (contre 3,5% à l'échelle de la France tout entière). Mais, pour être plus proche de l'étendue réelle des dégâts humains, il faut tenir compte du nombre de blessés, de ceux qui, invalides de guerre, bien souvent défigurés par les affres des combats, prendront dans le langage populaire le surnom de « gueules cassées».

Sans doute, la fin de la guerre est-elle fermement attendue en novembre 1918. Le conflit, qui dure depuis le mois d'août 1914, a considérablement affecté l'économie et les Chalonnais ont [mi par faire la connaissance du ravitaillement contingenté et des tickets d'alimentation. Un sentiment d'usure a irrésistiblement gagné l'arrière, renforcé par l'épidémie de grippe espagnole qui cause de lourds dégâts chez les civils comme chez les militaires.

Pour autant, il faut continuer à se battre et, pour cela, recueillir les fonds nécessaires. Fin octobre 1918, un avion survole Chalon, lançant des tracts appelant à souscrire à l'emprunt de la Défense nationale proposé aux Français pour encourager leur participation à l'effort de guerre. Et, dans les premiers jours de novembre 1918, les Chalonnais voient même arriver dans leur ville un « camion-cinéma» vantant, de la plus moderne des manières, les mérites d'un soutien financier apporté par les épargnants à la France.

Mais, bientôt, les choses se précisent. Le 5 novembre, c'est l'annonce de l'armistice avec l'Autriche-Hongrie, puis, quelques jours plus tard, le lundi Il novembre, celle de l'armistice avec l'Allemagne. Le texte est signé dans la forêt de Rethondes à 6 heures du matin. Dès Il heures, à Chalon, l'ensemble des usines et des ateliers se vident de leurs employés, qui descendent dans la rue dans un mouvement rapide. A 11h10, l'agence Havas confirme la nouvelle: les hostilités sont suspendues. La ville se pavoise immédiatement et, dans un tricolore partout présent, des cortèges de joie s'organisent. A 20h30, une retraite aux flambeaux démarre de l'hôtel de ville après une allocation du maire, Richard, depuis le balcon. Toute la nuit, les cafés et autres estaminets restent ouverts, des bals s'improvisent dans la rue et, le lendemain, 12 novembre, les écoles sont fermées pour solenniser l'événement.

Partout, dans la région chalonnaise, des manifestations semblables se produisent au son des cloches qu'on sonne à la volée. Mais partout, certaines familles restent cloîtrées chez elles alors que leurs voisins font la fête.

Parfois, la mort au combat d'un être cher a été confirmée de longue date. Parfois, il faudra attendre encore de longs mois avant d'en acquérir la certitude. Les prisonniers ne rentreront d'Allemagne qu'à compter de la [m du mois de novembre. Quant aux« disparus », combien ne rentreront jamais ?

Gilles Platret


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