1.380.000 hommes ne sont pas rentrés à la maison plus ceux qui ont succombé à leurs blessures parfois longtemps

aprèsla fin de la guerre, en particulier les gazés.

Les survivants ont repris leurs activités . Ils sont devenus les anciens de 14-18. N’oublions pas que ces anciens en 1918 pour les derniers enrôlés avaient 18 ans. Ceux qui avaient commencé la guerre à son tout début – de véritables survivants- avaient 23 ans en 1918.

Leurs rapports étaient particuliers : beaucoup se saluaient d’un «  salut bonhomme ! » Bonhomme, c’est ainsi qu’ils s’appelaient pendant les années de souffrance.

Des années plus tard les biffins n’avaient pas besoin de présentation pour reconnaître l’un des leurs.

Peut on imaginer en notre époque où la moindre chute à trottinette provoque l’intervention d’une cellule d’aide psychologique, peut on imaginer ce que ces hommes ont enduré en silence jusqu’ à la fin de leur vie ?

Ils ne parlaient pas de la guerre – sauf entre bonhommes- Aux autres comment raconter l’irracontable, décrire l’indescriptible, transmettre l’intransmissible ?

Ils avaient vu mourir, ils avaient connu la peur et la misère.

Certains même avaient tué A-t-on jamais pensé à ceux qui avaient tué ?

Comment vit on sa vie après avoir tué un homme ? Y a-t-on seulement pensé ???

Deux souvenirs de ces anciens m’ont marqué tout particulièrement.

Le premier : gamin, en 1955 j’ai questionné mon grand père sur la guerre. Il m’a répondu quelques mots parmi lesquels il était question de gaz, de Craonne, de peur…Il s’est tu. J’ai vu des larmes qui coulaient sur les joues de cet homme de 60 ans habituellement taciturne.

Emu je n’ai pas insisté.

Le second : en 1973 j’ai vu à la télévision régionale de Normandie un bref et singulier reportage sur les obsèques d’un ancien poilu du Cotentin.

Le convoi funèbre à l’ancienne était précédé par des joueurs d’accordéon interprétant avec entrain «  je cherche fortune au retour du chat noir » et autres airs toniques.

Ainsi l’avait voulu le défunt. Cet homme dans m’enfer de Verdun avait fait voeu que ses obsèques  ,s’il survivait au massacre, seraient gaies. Il avait considéré que toute sa vie après la guerre serait alors du «  rabe ».

Plus près d’ici, on m’a aussi cité l’exemple d’un vieux vigneron Bourguignon lui aussi rescapé de cette hécatombe qui dès qu’une ombre passait sur une assemblée disait «  soyons gais ! »

L’histoire qui va suivre est gaie . Elle est dédiée en général aux survivants désormais tous disparus et en particulier à ceux des quatre régiments bourguignons à l’Histoire desquels travaille notre association.

En leur mémoire :Soyons gais !

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Les z’aventures du sergent Van der Meersch

Le sergent Van der Meersch comme son nom l’indique était Flamand. Il y en a pas mal en France, en haut dans le coin entre Lille-Dunkerque et la Belgique depuis que le Roy soleil a annexé cette région.

Comme son nom ne l’indique pas pour les Bouguignons, ses ancêtres devaient même patauger dans la région bordant la mer du Nord. Mais ce n’est pas le sujet de cette histoire.

Voici le récit qu’il m’a fait de son premier contact avec la Bourgogne du vin.

En ce temps là -1965- j’étais tout jeune , grand et mince comme une perche à houblon avec l’ombre d’une moustache sur la lèvre. Ca détonnait  dans ce pays où il n’y a pas de houblon mais des vignes et des vignes et des vignes, sans perches mais avec des piquets partout.

Il y a aussi plein de soleil quand ça veut pour faire mûrir les raisins. Les piquets c’est bien pour la vigne mais c’est pas bon pour les soldats quand ils font une marche à la boussole.

De jour ça fait faire des détours impossibles et de nuit c’est franchement casse g…..

Donc ce jour c’est un jour de soleil à faire mûrir les raisins. Je me trouve à faire une marche à la boussole. On me largue en plein vignoble avec pour mission de rejoindre un endroit dont on me donne les seules coordonnées sur la carte. Me voilà parti tout harnaché, le casque sur la tête, le fusil à la bretelle, enfin avec tout le saint frusquin . Voilà que je m’aperçois que j’ai laissé ma gourde dans le camion qui m’a largué dans la nature. Bon, pas grave quand même car on est en Bourgogne, pas dans le Sahara que je me dis .

Eh bien la suite va me prouver qu’il ne faut jamais oublier sa gourde où que ce soit et où qu’on aille. Retiens bien ça : jamais laisser sa gourde !

Donc me voilà parti la carte d’une main et la boussole de l’autre. Le plus court chemin d’un point à un autre c’est la ligne droite…ouais , en mer sûrement , sur terre de préférence ,mais pas en Bourgogne où ce que c’est plein de vignes, de piquets, de fils de fer. Manquerait que les fils de fer soient barbelés et ça serait comme en 14, je te dis.

Donc contournons… En bout de colline : encore une autre ,des vignes ; contournons encore une autre puis une autre, puis une autre. Faire le point avec la carte et la boussole. Tiens, bizarre la carte, la boussole et la position du soleil sont pas d’accord ?? C’est quoi ce bled là dessous où des chiens aboient ? Vinbouchey ou Bombaizey ?

( Il faut préciser ici que la boussole ne fait pas bon ménage avec la masse métallique du  casque pour expliquer cet état de choses .)

Et l’heure qui tourne….je vais me prendre un savon…doivent tous être rendus au ralliement les copains. Ca va être ma fête…vont se foutre de ma g…. le capitaine va me soigner…

Et puis j’ai la langue sèche, bon Dieu que j’ai soif !

Pas de source ici, tu parles , un pays à vin. Aucun intérêt pour les autochtones…quand ils avaient cor’ des chevaux , sûrement, mais maintenant avec leurs engins à moteur hauts sur pattes s’en foutent de l’eau.

Descendons au bled que je vois au Sud-Est : doit bien y avoir à boire…

Je descends donc, accueilli par des chiens qui me reniflent en grognant, d’autres remuent la queue puis s’écartent comme dégouttés. Croire que je trimbale l’odeur des casernes sur mes frusques et qu’ils n’aiment pas.

-        ‘jour Madame…belle journée, hein ?

-          …………

-          y a un bistrot dans le village ?

L’ancêtre ridée comme un poire passée au four doit me prendre pour un Uhlan . Des soldats armés en guerre on n’en a jamais vus dans cet endroit connu de Dieu seul, et des œnologues avertis.

-          ben oui mon gars, y a un bistrot

-          Où ?

-          Chez  Bacagrain , Sulpice Bacagrain, on y dit chez  l’Sulpice….

Tu peux me croire que les rideaux bonne femme bougeaient à mon passage, discrètement mais ça bougeait. Quelques coqs me toisaient bizarrement : cherchez l’intrus.

Aucune trace de ce qui peut signaler d’habitude un bistrot : aucun panneau de réclame, comme on disait encore à l’époque. Aucun arrêt de bus non plus . D’ailleurs ils auraient eu du mal à circuler entre les murgets les bus.

-          Couper ! Qu’est ce que t’y as besoin de couper ! j’t’y dis tu joues pire qu’Hector

            

l’ beuzenot !

Pas de doute j’étais près de l’oasis recherchée : on tapait le carton avec la même animation que dans une chambrée de caserne.

Les z’anciens

Je passe la porte. La fraîcheur me tombe sur les épaules, premier plaisir.

Obscur l’estaminet . Je te prie de croire que t’y aurais pas rentré une section. Le genre exigü et sommaire : un comptoir de trois coudées, deux tables rustiques équipées de bancs assortis. Pas du rustique de maintenant fait pour le chic, mais du rustique de ce temps là ; aujourd’hui on dirait : du rustique de nécessité.

Sur le mur de gauche une publicité vantant les mérites d’une boisson chocolatée en bouteille, sur la droite une plaque émaillée invitant l’homme de bien à boire une bière brassée en Lorraine.

Le temps que mes yeux s’adaptent à la pénombre et je distingue dans le fond quatre anciens qui manifestement n’ont jamais succombé au charme commercial de ces deux publicités.

Falzar en velours, pas du genre taille basse, retenu par de larges bretelles, chemise à carreaux, la gapette rabattue sur les sourcils broussailleux, moustache que celle du Père Joffre c’était du duvet en comparaison. Visages majestueusement ridés par des années et des années de travail au soleil, lequel avec la complicité des crus locaux avait donné un teint inimitable à ces enfants du pays. Sur la table un pichet, quatre verres aux reflets rouges, le jeu de cartes.

Vu le millésime des beloteux j’avais affaire à des anciens de 14-18…pas de doute.

-          Bonjour messieurs

-          Bonjour soldat

-          Bonjour

-          ‘jour

-          breueuem…. (traduire bonjour)

-          Qu’est ce t’y fais là soldat ?

-          Sergent Jean Loup Van der Meersch , je suis en exercice .( J’allais pas leur dire que j’étais perdu)

-          Comment que tu dis que tu t’appelles sergent ?

-          Van der Meersch

-          Y a pas de honte sergent, il en faut. T’es donc du Nord avec un nom pareil .

-          Ben oui…

-          J’y connais ton pays mon gars ; j’y étais en 15 et en 16.  Desvignes Alexandre, classe 10, Caporal au 256 de

Chalon, croix de guerre, une citation à l’ordre de la brigade…

-     …Lui c’est Toine, Antoine Mazoyer classe 12 , 27e R.I. de Dijon, croix de guerre. Lui là avec sa bâche bleue c’est Sulpice, maréchal des logis Sulpice Bacagrain classe 10 qui a passé sa guerre à tirer sur les pauvres biffins vu qu’il était artilleur .Il y a pas même trouvé le temps d’y apprendre à jouer proprement à la belote. Dans la vie civile il fait le meilleur vin de la région

-          Faut toujours que t’y dises des conneries et que tu fasses le malin eul’ Desvignes répondit le nommé

-          Enfin lui qui écoute tout et n’dit jamais rien c’est Clément Dumurgé classe 13 quatre ans de biffin au 29e

d’Autun, croix de guerre, médaille des blessés, 2 citations.

-          Breueuemmm opina sobrement l’intéressé.

En plein dedans ! Que je me suis dit.

Faut dire qu’à l époque c’était quelque chose ces anciens là. L’expérience, l’autorité, la gouaille pour certains, et pour tous une moustache à impressionner un gendarme, genre Vercingétorix, marquée par le rouge et la nicotine. Moi béjaune avec mon ombre de moustache j’étais mentalement au garde à vous, fin impressionné.

Tant qu’à parler je peux le faire en buvant que je me dis.

-          Une bière, s’il vous plait !

Le Sulpice, l’artilleur, s’extirpe pesamment de son siège, fait les trois pas qui le séparent du comptoir , s’y courbe derrière comme quelqu’un qui va entreprendre une recherche incertaine. Bien sûr il n’y avait pas de frigo, le progrès n’avait pas encore pénétré les campagnes et surtout parce qu’on n’a jamais mis le vin au frigo, même dans mon pays.

-          Arrête assassin ! Non seulement tu joues aux cartes comme un manche mais t’y vas pas empoisonner l’sergent

avec c’te saloperie dis ?…. On y n’a bu en 15 et 16 dans le secteur de La Bassée vu qu’il y avait rien d’autre

rapport qu’ils connaissent pas la vigne chez l’sergent, mais c’était la guerre ! La guerre elle est finie depuis longtemps

et on l’a faite aussi pour que tout le monde puisse y boire du vin…

Ainsi parle sentencieusement le Sandre

-     oui , parfois le client a pas forcément raison

-          Breueum

-          A pas tort le Sandre…de la bière  pfffttt !

-          Mets y donc un canon au sergent c’est moi qui y offre reprend Sandre !

Venant d’un pays à bière je n’avais jamais bu de vin de Bourgogne. J’étais assoiffé à marcher sous le soleil depuis le matin. Le canon sitôt servi  je te le sacrifie à ma soif : Gloup ! Cul sec ! Tu parles, leurs globules ça fait pas la moitié d’un demi….

(Lourd silence glacial. Palette de regards exprimant des nuances allant de la pitié à l’hostilité dédaigneuse….)

-          J’t’y avais dit Clément , moi qui suis allé dans l’pays du sergent, que ces gens là ne boivent pas comme nous .

J’t’y ai même dit qu’ils savent pas boire. Tu m’y croyais pas : maintenant t’as vu…c’était pas des menteries.

Je réalise tout de suite qu’à leurs yeux je viens de me conduire de manière incongrue.

Pour nous les buveurs de bière c’est assez simple : il faut un verre assez grand pour avoir la sensation qu’on va se noyer quand on le porte à la bouche. Notre plaisir vient des fonds troubles de l’excès. Ca ne nécessite qu’un entraînement régulier et l’observance passive de la loi sur la gravitation.

-          T’as loupé ton coup Sergent ! Mets y un canon sur mon compte Sulpice. Sans vouloir te vexer sergent tu bois

comme un veau. T’y sais pas boire. Ainsi parle Toine

-          C’est pas de sa faute : y a pas de vin dans son pays, j’y suis allé en 15 et en 16, ils boivent la tisane que vend

l’autre empoisonneur qui joue aux cartes comme un pied

-          On le saura !Ta gueule Sandre !

-          Pauvres gens…tout de même, pas de vin…quand on y voit le résultat…marmonne Sulpice compatissant.

-          Breueuem opine sobrement Clément

-          Maintenant que t’es servi sergent, t’avale pas ça comme tu viens d’y faire. Tu nous y ferais de la peine et tu nous

y fâcherais. On n’a pas libéré ta région des Boches pour voir des choses pareilles. Le vin ça se grume, pontifie le

Toine.

-          T’as raison

-          Breueuem approuve Clément le taiseux

-          Cause pas tant Clément. Vas-y Toine, montre lui !

-          Le Toine, la pose un peu théâtrale, me fait la démonstration .  D’abord t’y lèves ton verre pour admirer la

couleur du vin, on y dit la robe ; c’est le plaisir des yeux. Ensuite t’y mets ton nez au dessus, pas dedans comme un

chien, et t’y humes     doucement pour sentir tous ses parfums, après t’y prends une gorgée dans ta bouche et tu la

roules pour bien profiter des saveurs, et enfin t’y l’avales doucement. C’est ça grumer, Sergent.

Bon, pas moyen de me dérober. Je m’exécute en reproduisant toutes les phases de la démonstration du Toine. Tu parles que je suis observé plus attentivement qu’un magicien sur scène… Je me retiens d’avaler comme au premier canon , mais bon Dieu que j’ai soif et ça me déssoiffe  pas cette expérience..

-          Ouais, ça vient Sergent…pour un buveur de bière t’y apprends bien. Faut pas désespérer du genre humain…

-          Il  manque de pratique, c’est tout. Confond cor’ humer et prendre une inhalation mais y a de ça

-          Breueueum

-          J’offre la tournée du patron déclare le père Sulpice.

L’euphorie s’installe en moi car le vin de Bourgogne c’est plus fort que la plus forte des bières. Un signal d’alarme clignote dans ma tête pour m’annoncer que désormais je m’avance en terre inconnue et même en terrain glissant. Mais comment se dérober à un tel accueil ? Et puis, eux des soldats, des vrais , qui en avaient vu des terribles à mon âge, dépositaires de l’autorité, moustachus comme des phoques… Bref, le respect dû aux anciens à l’époque c’était pas rien.

Et nous voilà parti tous les cinq à grumer la tournée du patron en se réglant sur le Toine maître des cérémonies improvisé.

-          Au frontibus !….levez !

-          Au nasibus !…    humez !

-          Au mentibus …  grumez !

-          Breueuem

Mon Dieu que la vie est belle et douce ici que je me dis, hic ! C’est bien beau et bien bon mais c’est pas ça qui coupe ma soif. Je donnerais cinq ans de la vie de mon adjudant pour un litre d’eau ! Hic !

-          breuueuem.. ma tournée.

Le Clément – classe 13- n’avait pas parlé aussi longuement depuis mon arrivée.

-          Voilà un homme qui va , hic !, à l’essentiel que je me dis.

Et nous revoilà à faire la même pantomime… et moi d’absorber mon quatrième canon. J’ai un peu l’impression d’avoir gardé mon casque avec le serre tête trop ajusté. Je vérifie en douce en passant la main d’un geste pas très assuré : je suis tête nue. 

On m’demanderait de chanter « joyeux enfants de la Bourgogne » sûr que moi qui suis pourtant réservé de nature, je chanterais sans me faire prier. Mais bon Dieu, quelle soif, hic !

Je donnerais, allez : 10 ans de la vie de mon adjudant pour un litre d’eau.

Bon, pas partir sans montrer qu’on connaît les belles manières. J’entends une voix  pâteuse – la mienne- annoncer :

-          mettez ma tournée, patron ! hic !

-          Moi qui y ai été en 15 et 16 J’vous l’avait déjà dit que dans l’pays du sergent z’ont pas de vin mais ce sont des

braves gens.

-          On l’saura que t’y as été

-          Tais toi l’artiflot, massacreur de fantassins et qui joue aux cartes comme un manche…

-          Ta gueule Sandre ! T’es murgé. D’ailleurs t’es pas le seul réplique le patron en me regardant d’un œil amusé…..

Alors là, le bouquet final avec moi comme maître des cérémonies, le dos solidement appuyé au comptoir car j’avais la sensation d’être à bord d’un ferry boat un jour de mer agitée. Pour de l’ambiance , il y a de l’ambiance, tu peux me croire !

-          A la Bourgogne hic ! et aux Bourguignons.. heurgh !

-          Breueuem…

-          Au sergent !

-          Au millésime !

-          A nos femmes, à nos chevaux…

-          Tais toi  l’ Bacagrain, pas de grossièreté  l’artilleur qui joue aux cartes comme un manche…

Mais quelle soif ! le cinquième canon l’a encore augmentée… Je donnerais, allez : 15 ans de la vie de l’adjudant cette fois. Mais demander de l’eau ici…pas le lieu et pas le moment le mieux choisi hic ! Risque le goudron et les plumes, heurgh !

-          Remettez moi ça patron, hic ! J’ai soif !

Silence pesant dans la salle. ……. Qu’est ce que j’ai encore gaffé ?

-          T’ y as dit « j’ai soif » sergent ?

-          Heurgh ! oui , j’ai soif…

-          breueuem…eune’ vraie soif ?

-          Il a soif et il commande du vin ???

-          Te l’avais bien dit Sandre , toi qui nous rabats les oreilles d’y être allé dans leur pays à ces gars là en 15 et 16…

savent pas boire, faudra du temps pour les civiliser !

Long silence glacial et palette de regards allant de la pitié dédaigneuse à la déception profonde.

-          T’y dis que t’as soif sergent ?

-          Ben oui, hic ! c’est même pour ça que je suis entré ici heurgh !

-          Mais mon gars faut pas y boire du vin quand on a soif : c’est pas pour ça qu’on le fait ! Pour la soif y a l’eau !

réplique d’un ton doctoral le Sandre

-          Sûr !

-          Breueuem

-          …de la bière à la rigueur, sergent, ajoute le patron d’un air malicieux.

-          Et tant pis pour l’adjudant heurgh ! Servez moi de l’eau s’il vous plait.

-          Je vois pas ce que ton juteux vient faire la dedans Sergent . D’ailleurs de l’eau j’en ai point ici

-          Ben, heurgh ! Comment vous faites quand vous avez soif ????

Eclats de rire des 4 compères, les voilà qui se tapent sur les cuisses, et ça dure, et ça dure….

-          Sacré Sergent va !

-          Breueuem…a le goût de la plaisanterie l’gamin (Clément Dumurgé vient de battre son record de longueur de

phrase cette occasion)

-          Sainte innocence comme dit l’curé homélise le Sandre les mains jointes…

      -    …Y a pas d’eau, on n’a pas besoin car on n’y laisse jamais les choses dégénérer   jusqu’à  avoir soif , sergent !!!

(Rigolade générale).

Association « Pour ceux de 14 »

Mémoire bourguignonne de la Grande Guerre