Loin de la terre qui les a vu naître et où vivent souvent encore leurs descendants, les morts bourguignons de la Grande Guerre dorment aux quatre coins des tristes champs de bataille de 14-18. Certains gisent dans le plat pays du Nord, d’autres reposent sur les hauteurs alsaciennes ou sommeillent dans la craie champenoise. Il en est aussi, nombreux, qui, tués au feu des combats dela Meuse, y demeureront pour toujours.

Le petit village de Marbotte veille sur une nécropole où sont couchés près de 2 700 soldats français. Une nécropole comme tant et tant d’autres, qui aligne silencieusement ses croix grises, au pied d’un petit bois où nichent les oiseaux. Mais cette nécropole-là ne peut nous être indifférente car y sont inhumés des centaines de soldats de Bourgogne. 

Sur le chemin du pèlerinage qui conduit ici le visiteur, le cimetière militaire ne représente pourtant pas la seule halte. Un petit musée, que fait vivre une poignée de bénévoles, rend remarquablement compte des combats qui furent menés en ces lieux, d’octobre 1914 jusqu’en 1918. Il fallait tenir, pour éviter que la poussée allemande du premier automne de guerre ne se dilate pas au-delà du raisonnable. Pour que ce qu’on devait appeler la « hernie de Saint-Mihiel » n’entraîne pas l’éventration du front et l’invasion qui aurait immanquablement suivi. Plusieurs régiments de Bourguignons furent préposés à contenir cette formidable poussée. Ils firent des corps de leurs soldats un rempart à l’offensive. Ils y parvinrent. Mais au prix fort. C’est ce qui amena en 2006 l’association « Pour Ceux de 14 » à ériger à la mémoire de ces fantassins une croix sur les hauteurs qui dominent la vallée. 

Au cœur de ce paysage désormais si calme, une miraculée se dresse fièrement à mi-coteau. C’est l’église Saint-Gérard. Marbotte eut la chance de la préserver la guerre durant, cependant que toutes les maisons alentour étaient détruites. C’est à peine si un obus est venu taquiner son clocher. Et le 11 novembre 1918, elle pouvait dire : j’ai tenu bon ! 

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Mais l’église de Marbotte ne vaut pas que pour l’heureux hasard qui l’a épargnée. Elle constitue un véritable sanctuaire. C’est en effet dans sa nef et ses chapelles que les soldats morts, qu’on redescendait du front tout proche, étaient déposés dans l’attente de leur sépulture. Et lorsqu’aujourd’hui encore, le temps est à l’humidité, il n’est pas rare de voir apparaître sur les dalles de pierre l’ombre du sang qui les imprégna.

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Depuis la fin de la Grande Guerre, nombre de familles vinrent sous ces voûtes pleurer la perte d’un fils, d’un époux ou d’un père. Leur piété leur dicta d’ériger dans l’église des plaques commémoratives, qui égrènent toujours pour le passant le chapelet de la douleur bourguignonne, composé de tant de soldats tombés. Les fanions des régiments engagés dans cette fournaise comme les vitraux consacrés aux combats qui s’y tinrent font avec ces plaques un émouvant ensemble dédié à tous les morts. 

Ce lieu est sacré. On y prie le Dieu des Chrétiens. On y honore aussi la mémoire des soldats de toutes les confessions.

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Mais ce lieu est abîmé. L’église, qui fut bâtie une poignée d’années avant la Révolution française, a naturellement vieilli. Les marches qui grimpent à son promontoire sont pour partie délitées. Ses murs de soutènement, ses enduits extérieurs, ses ferronneries sont en mauvais état. Cela, les collectivités locales vont s’en charger d’ici le centenaire de 2014. 

Reste l’intérieur, dont l’état n’est guère plus flatteur. Les murs et les peintures sont dégradés, l’électricité n’est plus aux normes, certains sols bétonnés attendent d’être dallés, plusieurs bancs n’ont plus d’accoudoirs et les vitraux ne sont pas étanches.

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Bref, il faut faire quelque chose sous peine que d’irréversibles dégradations ne s’insinuent par là où l’usure a commencé son œuvre. Or, pour cela, il faut trouver 53 000 euros.

C’est bien pourquoi Adrienne Laumont, le dévoué maire-délégué de Marbotte, a récemment constitué un dossier à destination de la Fondation du Patrimoine, afin d’étudier avec cette organisation la possibilité de lancer une campagne de mécénat populaire pour restaurer l’intérieur de l’église à l’horizon de l’automne 2012. 

En ce 11 novembre 2011, l’Association « Pour Ceux de 14 » ne pouvait manquer de saluer cette initiative. Et l’on comprendra bien qu’après avoir dit son soutien moral, elle engagera prochainement tous ceux qui partagent ses buts à passer de la parole aux actes en apportant leur concours, si modeste soit-il, à cette œuvre hautement méritoire et qui sera, souhaitons-le, largement bourguignonne.