03-CHANTEREAU_4121_Cartes de Claude à sa belle soeur Marie GRANDJEAN CAMPION

Vous étiez paysans, tonneliers, commerçants.
Vous aviez 18, 20, 30 ans.
Vous étiez jeunes, courageux, ardents.
Vous aviez une épouse, des enfants, des parents.
Loin de Paris et de la politique, votre vie se passait tranquillement, ici en Bourgogne.
Vous y étiez heureux.
La campagne était belle, radieuse, vivante et changeante : rude en hiver et si douce en été.
L'été, l'été 14 !
Ce fut comme un orage, comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu-azur. LA GUERRE !
Souvenez-vous !
Vous étiez aux champs quand le glas a sonné.

Vous êtes partis sur le champs, sans rechigner.
On voulait votre terre, on allait la payer très cher !
Pour défendre votre sol, pour ne pas le perdre, vous vous y êtes accrochés, enterrés, enfouis.
Vous avez creusé la craie et l'argile lourde des terres du Nord et de l'Est.
C'est avec vos mains enfoncées dans la glaise que vous avez tenu
Supportant la pluie, le froid, les poux, les rats, des conditions épouvantables, attachés au sol de France.
Vous avez tué des frères, des pères de famille au couteau, au fusil, à la baionnette, dans la fureur et la barbarie.
Vous avez défendu votre terre, soldats envoyés faire la grande guerre, la der des der.
Votre mort a fait de vous des héros, votre vie est devenue un destin, votre histoire notre Histoire